Lecteurs assoifés
Fée fait la pause pour quelque temps
Elle a renontré Rick à qui elle se consacre entièrement
Fée et Rick,
Franchement.
… il y a pas un auteur qui oserait pareil mauvais goût
Le ridicule tue-t-il ? On sera enfin fixé. Prochainement.
Lecteurs assoifés
Fée fait la pause pour quelque temps
Elle a renontré Rick à qui elle se consacre entièrement
Fée et Rick,
Franchement.
… il y a pas un auteur qui oserait pareil mauvais goût
Le ridicule tue-t-il ? On sera enfin fixé. Prochainement.
Cet après-midi, je suis passée chez Kiki, ancien batteur maintenant tatoueur.
En manque d’inspiration, je lui ai donné carte blanche
«Contenant, contenu, emplacement, tu fais comme tu le sens»
Kiki aime bien prendre les choses au pied de la lettre.
Finalement, elle est fort jolie cette carte blanche entre mes deux omoplates.
Sitôt rentrée je suis tombée sur mon cousin Boris Junior
Celui qui a des velléités d’auteur malgré le refus de mille éditeurs
Évidemment, il s’est empressé de remplir ce nouvel espace blanc.
Dans le miroir de me salle de bain, ça donne :
DLROW EHT KCUF et c’est signé SIROB
À l’encre indélébile. Fuck
Me suis rendue aux objets perdus dans le but avoué d’y séjourner.
Le temps de me retrouver.
L’employé a semblé étonné et m’a refusé l’hospitalité. Catégoriquement.
À la fois déçue et désorientée, je suis repartie en coup de vent.
Sont restés sur le comptoir des Objets Perdus : mes lunettes, mon parapluie et mon sac à main.
De toute façon, c’était leur destin.
J’ai parfois envie d’écrire des chansons. Avec rimes et sans raison. Le métier me plairait. Je dormirais tard et je porterais des lunettes noires. Encore ce matin, m’est venue une idée de refrain après quelques heures à barboter dans mon bain. L’eau froide m’a fait sortir. J’ai tiré le bouchon. Sur mon inspiration.
«J’aime l’amour à trois
Mais juste un à la fois.»
Ça s’arrête là. Si vous avez des suggestions…
Et voilà qui met un hola sur cette sombre histoire d’une illuminée (moi). Je vous reviens cette semaine avec du court.Bref, du bref.
11/11 CC
Valérie entre de sa démarche chaloupée, interrompant ce rêve arc-en-ciel en technicolor avec comme toile de fond, le ronron de Zorro et les jappements enragés de Babette que j’ai enfermé(e?) quelque part, je ne sais plus trop où et à la suite de quoi. Plongée dans ses pensées, aveugle et sourde au chaos ambiant, Valérie traverse la pièce l’air légèrement contrariée sous sa frange foncée.
- Dis donc Fée, j’aurais pas eu un appel ?
- Ben non. Avant-hier ça a sonné mais c’était pour moi.
- Ah !
Et comme si c’était arrangé avec le célèbre gars des vues, le téléphone se met à sonner. Le genre d’à-propos déroutant qu’on lirait et qu’on aurait du mal à croire.
- Allô ?
(Toujours cette plate réponse de ma part)
- Fé Letarte ?
- Fée Letarte ? C’est moi.
(Haussement de sourcils de Valérie)
- Non, c’est moi. C’est sûrement pour moi. C’est C.
- Valérie, c’est pas C., c’est Carl.
- Oui, c’est ça. C’est C. pour Carl.
Et moi de m’adresser avec nervosité à mon C. d’interlocuteur laissé à l’écart.
- Bon. Vous voulez parler à qui ? À Fée ou Valérie ?
Il n’a pas le temps de répondre que celle-ci m’arrache le combiné des mains.
En sourdine, j’entends :
- Fé, je fous félicite pour fotre mission. Une fois de plus, fous afez fait des merfeilles.
Pour faire passer mes 2 calmants, j’avale sur le champ une aspirine. Bayer.
C’est allemand.
Et comme si ce n’était pas suffisant, j’entends :
- Mais rendez-nous notre caniche, sinon couic.
Bonne nouvelle: la fin approche. Mais pour y parvenir sains et saufs d’esprit, commencez par le début, soit le 1/11 and so on
xxx Fée
10/11 Carrière prometteuse
À l’entrée, j’entends râler. À la Waldorf, la nénette genre Miss Monde se met à pousser les hauts cris tandis que Malcolm s’effondre dans un fracas de verre cassé, car dans un geste ultime (et désespéré), il s’est agrippé de toutes ses (maigres) forces à la nappe blanche (rectangulaire). Je dois préciser que j’ai reconstitué les faits par déduction, selon le modèle 1+ 1= 2 puisque j’étais concentrée par la dite salade du nom d’un célèbre hôtel new-yorkais.
À la glace, une cohorte d’ambulanciers trimbalant une civière passe à mes côtés. Au thé, je découvre Malcolm étendu et livide sous l’air résigné d’un médecin qui diagnostique un décès aussi foudroyant que subit pour cause d’allergie. Une surdose de présence d’arachides, pistaches, noix et amandes, dans un rayon de 3 mètres. Je souris au garçon et demande l’addition qu’il me sert avec un Fortune Cookie. Craque : « Suivez toujours vos impulsions». Je sors en chantant sous la pluie, médite sur le proverbe chinois et l’enseignement de Lao Tseu, recule de 3 pas et empoche le caniche gris que je surnomme aussitôt Babette.
Outre le repas exquis, la mission accomplie, le sauvetage félin subséquent, je prends soudain conscience qu’un nouvel horizon s’ouvre à moi qui pourrait déboucher – qui sait – sur une carrière prometteuse. Tueur à gage. Déjà j’imagine ma carte d’affaires en helvetica condensed rouge. C’est bien payé, somme toute peu fatigant et ça fait rencontrer des gens. Assez brièvement, mais quand même.
Suite de l’histoire – le récit commnence avec 1-11 Vaudeville – 15 oct.
9-11 Ceci cela sans foi gras
J’atterris au restaurant, double porte vitrée et caniche gris attaché à l’entrée, histoire d’observer mon gibier en train de se battre avec sa côte de bœuf, servie dans son jus avec légumes du jardin (where else ?) en juliennes et pommes de terre mousseline.
À première vue, Malcolm semble plutôt sympathique, mais comme j’ai toujours tenté (avec un succès assez discutable) de ne pas mêler amour & travail, sexe & loisirs, amour & sexe et travail & efforts, je fais appel à mon hémisphère gauche et reste de glace devant mon verre. Le très mâle Malcolm (ça y est, il y a eu une interférence avec mon cerveau droit) est entouré d’une fille. De ses bras plus précisément. Heureusement que je n’en suis qu’au repérage, parce que viser à travers 2 bras longs comme ça, c’est risqué. Surtout quand la tête de la fille ne vous revient pas et que le gars finalement pourrait vous rendre folle au lit, vous faire crier MaaaaalCome, vous le sentez. D’ailleurs, rien qu’à y penser vous fondez comme femme frigide au soleil.
J’en suis là de cette méditation fantaisiste lorsque j’entends le « Hum Hum» du garçon. De ma voix la plus Audrey Hepburn… Un instant. Non, c’est faux. Hepburn parlait anglais et je m’exprime en français. Elle était forcément doublée pour la version française de Breakfast at Tiffany, soit Diamants sur canapé… Donc, j’emprunte non pas la voix d’Audrey H. mais sans doute celle d’une pauvre actrice française, sûrement sous-payée, aujourd’hui tombée dans l’oubli et fort probablement morte, peut-être même de faim – je respecte une minute de silence pour l’occasion sous l’œil sidéré du garçon (moment qui n’est pas sans me rappeler le jour où je me suis recueillie sur la tombe du soldat inconnu). Passons.
- Je prendrai l’entrée de crabe oriental à l’arachide et la salade Waldorf, composée vous le savez de poulet, pommes et noix et pour terminer, je savourerai bien volontiers une glace à la pistache avec des sablés à l’amande.
- Ce sera tout ?
- Et du thé.
L’énumération ici narrée, se cristallise devant moi en trois dimensions et autant de services. Je me délecte au point d’en oublier ma mission.
Non, ceci n’est pas le début de cette sombre péripétie – l’entamer ici risquerait de vous laisser perplexe et peut-être même insomniaque – un peu comme regarder un match des Canadiens en commençant pas la troisième période. Bref, référez-vous à Conte de Fée 1/11 et puis remontez le cours de l’histoire.
8-11 Ce que le temps peut passer vite
Je m’éveille fraîche, dispose et nullement inspirée.
Après un certain effarement et quelques imprécations contre les expressions cliché, j’ourdis un café au lait chaud en me préparant un plan béton :
1 ) Mont-Royal – analyse du sujet; 2) Restaurant – observation complémentaire; 3) Montée dramatique à L’Alpiniste – exécution de la tâche.
Première étape. Handicap oblige, je hèle un taxi et sillonne la montagne, prête à dévisager tous les joggers à 10 km/h, tel le couguar observant sa proie ou le gars à l’œil de lynx faisant de même dans un bar bondé en jetant des regards affolés quoi que discrets à sa montre en redoutant le last-call. Mon chauffeur se prête au jeu, mais puisqu’il pleut nous ne croisons qu’un cycliste en nage catégorie style libre. Parvenus au cimetière, nous batifolons un brin sur la banquette arrière. Ciel! Déjà midi. Je reprends mes esprits et lui demande de me déposer au resto Marcello.
Est-il nécessaire de présiser qu’il vaut mieux commencer la lecture de cette déroutante histoire par le début soit le 1-11 ? Oui.
Dès la fin de cette sombre saga, je reviens à la formule courte. D’ici là, question de vous changer les idées, je ne saurais trop vous conseiller la recherche via google d’experts en jell-o et j’ai nommé Bompas & Parr.
Sling shot 7-11
Le temps de renouveler ma prescription, me voici sur les traces de Malcolm. Étendue de tout mon long sur le tatami du salon, je réfléchis négligemment. Primo, la vie de Zorro est en voie de disparition. Deuzio, ce mec est sans nul doute possible méchant et-ou escroc et-ou bandit et autres synonymes du même acabit. Sitôt mon manteau enlevé, je me glisse dans la peau d’un justicier qui se justifie en s’appuyant avec force sur une série de statistiques : 6,5 milliards d’humains ; au Canada seulement : 226 238 décès en 2002; 100 millions de sans abris dans le monde; espérance de vie de 33 ans chez les hommes du Malawi. Je me sens mieux.
Après quelques secondes de mûres réflexions, je choisis comme stratégie, l’improvisation la plus totale, selon le principe suivant : Malcolm-le-marchand possède assurément un esprit cartésien aisément déjouable par une tactique irrationnelle. Reste l’arme. Valérie possède quelques couteaux de boucherie. À l’âge de 5 ans, j’étais imbattable au sling shot « Non Fée ma chérie, on dit une fronde» « Oui maman, une fronde». On dénombre aussi le poison, le poisson pas frais, la flèche empoisonnée, la roulette russe, les fusils, le curare, les arbalètes, les kalachnikov et les accidents de voiture. Théoriquement, la seule difficulté se résume à faire le bon choix.
Comme la nuit porte conseil, je choisis d’être supra-conseillée et me plonge sous les couvertures dès 15 h 37.
Toi lecteur assidu, même si tu en as assez de te faire dire qu’il faut lire ce conte chronologiquement, soit en débutant par 1/11 et continuant dans l’ordre, eh bien, je te le redis.
Et puis zut 6/11
Je déchire l’enveloppe matelassée.
Cible : Malcolm Y. 37 ans. Import-export. Dangereux.
Prix : 20 000 $ sur preuve
(photo du cadavre ou rapport coroner ou copie autopsie)
Délai : 2 jours
Arme : au choix
Lieux fréquentés :
• Résidence : 1974 Sherbrooke Ouest app. 734.
• Mont-Royal :jogging matinal.7 h30 – 8 h 30. Lundi -vendredi.
• Resto Marcello-tous les midis.
• Bar topless L’Alpiniste. Mardi – jeudi – samedi, dès 22 h 44.
Assez secouée, je secoue l’enveloppe. Une photo tombe. Beau blond à lunettes noires. Pas mon type. Heureusement, parce que tuer un type ça peut aller mais pas un type de son type. Sous l’impulsion, étourdie par tous ces événements, je me lance à corps perdu dans la recherche de petites pilules vertes et mauves tombées non pas en désuétude mais en multitude au fond de mon sac rose fuchsia capitonné. Suivent quelques respirations yogiques- du style on ouvre la cage thoracique et on adopte la position du python – et je décide de relire les informations question de mieux les digérer. À peine ai-je récupéré les papiers que BOUMMM ! La lettre explose. NONNNNNN ! Les vitres ne volent pas en éclats. NONNNNNNN! Les clients ne se retrouvent pas projetés ensanglantés sur la chaussée parmi les cris, les sirènes, les débris. Il n’y a que ma petite vie de souris à l’abri qui éclate tandis que je me retrouve projetée en pleine fiction – et mon flacon est vide.